Le Monde a publié ce 19 juillet un article sur la nouvelle “politique d’achat” de CEGOS qui traite ses formateurs free-lance avec un certain cynisme.
La pilule est amère… avec des baisses d’honoraires et une manière de procéder difficiles à avaler.

La journaliste pose encore et toujours la question de la dépendance, voire du lien de subordination entre le formateur et la CEGOS. La requalification en CDI n’est pas loin… (voir la décision de la cour de cassation du 7 juillet : condamnation de FORMACAD vs URSSAF)

Enfin, l’article du Monde cite en conclusion la position du SYCFI : l’indépendant est celui qui conserve sa capacité à dire non à son donneur d’ordre.

Le Monde a publié ce 19 juillet 2016 un article sur la nouvelle “politique d’achat” de CEGOS qui une fois de plus traite ses formateurs cegosfree-lance avec un certain cynisme.

Bis repetita (voir l’action engagée par le SYCFI à l’encontre de CEGOS le 13 juillet 2015…)

Deux jours après l’article “Cegos a franchi l’obstacle de la réforme de la formation” dans LesEchos.fr où José Montes, Président de Cegos, se félicite du rebond du groupe, cet article du Monde résonne amèrement pour tous ces formateurs qui se demandent s’ils ne sont pas qu’une variable d’ajustement…

Nous vous livrons en substance le contenu de l’article de LeMonde.fr (réservé aux abonnés), avec l’accord de Francine Aizicovici, journaliste au Monde – merci à elle pour l’intérêt qu’elle porte à ces questions de sous-traitance.

_

A titre de contexte, FORMACAD a été condamné à verser des cotisations à l’URSSAF pour ses formateurs auto-entrepreneurs : voir l’arrêt de la cour de cassation du 7 juillet

_

édition abonné :

A nouveau, Cegos diminue les honoraires de ses formateurs indépendants

LE MONDE | 18.07.2016 à 11h20 | Par Francine Aizicovici

« Compte tenu de la qualité de nos relations et de votre engagement à nos côtés, nous souhaitons vivement avancer avec vous dans ce nouveau schéma de coopération. » C’est par ce compliment que le groupe Cegos, centre de formation professionnelle se présentant comme « leader international », conclut ses mails adressés en mars à ses formateurs indépendants pour leur annoncer sa « nouvelle politique d’achat de formation » auprès d’eux. Il faut bien essayer de rassurer, car cette politique, qui vise 1 300 consultants, devrait se traduire, selon les formateurs, par une baisse des honoraires journaliers de 16 % à 24 % à partir du 1er septembre. Elle accompagne, pour bon nombre d’entre eux, une baisse globale du nombre de jours d’animation et donc des revenus.

Lire aussi :   Quand Cegos baisse arbitrairement les honoraires de ses formateurs

Une sorte de remake de l’été 2015, en pire. La Cegos avait alors voulu imposer une baisse de 19% à 25 % des tarifs à sa quarantaine de formateurs indépendants en bureautique. Elle sera finalement ramenée à 12 %. Presque tous les formateurs avaient accepté.

Etait-ce un ballon d’essai ? Aujourd’hui, pour justifier cette nouvelle politique « low cost » à grande échelle, comme le dit un formateur, l’organisme indique que « les honoraires de (ses) partenaires évoluent chaque année en fonction du stage concerné et, ce, au regard du marché et de la demande. »

Pilule amère

Pourtant, s’étonne une formatrice, « Cegos va bien ! ». Certes, le groupe a enregistré en 2015 une baisse de son chiffre d’affaires de 3,4 %, à 191 millions d’euros, en partie liée à l’attentisme des entreprises depuis la mise en application, en janvier 2015, de la réforme de la formation professionnelle. Mais en cette année 2016, ça repart. Le président du groupe, José Montes, se félicite, dans Les Echos du 11 juillet, d’une hausse de 10 % du chiffre d’affaires dans l’Hexagone au premier semestre.

La pilule est amère pour les formateurs interrogés. Car au-delà de la baisse des tarifs, la réorganisation crée trois catégories de formateurs, chacune assortie d’un tarif unique quelle que soit la complexité du stage, et d’un nombre maximum de jours d’animation par an (40, 80 ou 30 jours). Bon nombre y perdent sur tous les plans. « On nous dit depuis deux ans qu’il y a moins de travail, relate un consultant. Des formateurs salariés ont fait l’objet en 2015 d’un plan de départs volontaires assorti de la garantie de 150 jours d’animation par an s’ils revenaient en tant qu’indépendants, et on nous a dit qu’il faut les satisfaire en priorité. Finalement, les chiffres de Cegos sont bons. On s’est fait avoir ! ». Lui qui animait 60 à 70 jours par an s’est vu « imposer 30 jours ». La direction estime, pour sa part, que cet engagement fait aux anciens salariés « n’a eu aucun impact sur le volume d’affaires confié aux consultants externes ».

Il a été demandé à certains formateurs de s’« auto positionner » dans ces catégories. « En réalité, c’est Cegos qui nous a positionnés », attestent des consultants. Mais pour l’heure, ils ignorent quel sera leur sort car ils n’ont toujours pas reçu leur nouveau contrat.

« Sous-traitant jetable »

Plusieurs centaines de formateurs qui réalisaient la quasi-totalité de leur propre chiffre d’affaires avec leur client Cegos affichent leur détresse. « Une situation de dépendance de fait s’est installée, mais la relation était de confiance jusqu’à présent, c’était du gagnant-gagnant, explique un formateur ayant près de vingt ans d’ancienneté. Aujourd’hui, mes revenus chutent de 80 %, sans préavis, sans dédommagement, sans avoir le temps de trouver d’autres clients. Je suis dévasté et ma vie professionnelle est à reconstruire. Cegos m’a fait très mal. »

D’autres, moins dépendants, ont rompu avec Cegos pour développer leur propre cabinet, certains avec succès. Mais « l’écœurement », « la colère », « la déception cuisante », « le sentiment d’irrespect », d’être devenu « un sous-traitant jetable », restent partagés. « Je ne suis plus motivée pour animer des stages de management, explique une formatrice, car je ne peux plus faire passer les messages aux managers sur la manière de trouver des compromis gagnant-gagnant avec leurs équipes, de veiller à leur bien-être au travail, etc. C’est un problème de cohérence personnelle. »

Certains souhaiteraient engager une action collective pour se défendre. « Quand une relation commerciale est ancienne, indique l’avocat Roger Koskas, en cas de modification ou de rupture brutale des liens, certains tribunaux de commerce accordent des dommages et intérêts au plaignant. Tout dépend de l’interprétation du juge concernant l’ancienneté, la brutalité des faits, etc. »

Un lien de subordination

Me Koskas suggère une autre piste, plus adaptée selon lui : « Demander la requalification du contrat commercial en contrat de travail à durée indéterminée, dans la mesure où il n’existerait pas d’indépendance par rapport au donneur d’ordre dans l’exécution des missions de formation. » L’application des programmes selon un déroulé et un timing précis, l’obligation d’être sur le lieu de formation une heure avant le stage, etc. sont, selon Me Koskas, autant d’indices pouvant caractériser un lien de subordination.

Mais pour le moment, aucune action n’est engagée. « Il n’y a pas de solidarité dans ce milieu, déplore une consultante. C’est vraiment la guerre. » Philippe Cusson, président du principal syndicat des consultants formateurs indépendants, le Sycfi, qui était intervenu dans le litige de l’été 2015, se désole. « Aucun formateur ne veut prendre de risque vis-à-vis de Cegos. » Mais pour lui, la posture d’un vrai indépendant, que son syndicat défend, « c’est quand on a la capacité de dire non » à un donneur d’ordres.

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer